Voulant doter son pays d'une forteresse moderne, construite selon les nouvelles formules révolutionnaires d'Italie, inventées par Francisco di Giorgio Martini, remaniées et améliorées par de nombreux ingénieurs et amenées à la perfection par Vauban, Henri II fit venir un ingenieur italien, Fabricio Siciliano, qui s'installa à Navarrenx durant plusieurs années, et c'est ainsi, que furent constuits à Navarrenx, les premiers bastions de France, qui devaient, en 1569, faire leur preuve en soutenant un siège de deux mois et demie à la suite duquel l'assaillant dut battre en retraite sans avoir pu s'emparer de la place.
Au cours du XVIeme siecle, les villes changent d'aspect. Contre la puissance sans cesse accrue de l'artillerie à feu, de nouveaux moyens de défense devinrent nécéssaires.
Plus de murailles crénelées, plus de tours aux toits pointus. L'experience ayant montré quele canon, avec son boulet de fer, venait à bout des masses de maçonnerie les plus puissantes, il fallut recourir contre lui à des défenses nouvelles dans lesquelles la matière opposée à sa force était la terre, matière molle qui cède pour mieux résister.
Tel fût le principe de ce que l'on appela "boulevard" et que nous nommons aujourd'hui " Bastion", ouvrage dans lequel la maçonnerie n'intervient plus que comme parement extérieur d'un rempart en terrassement. De même, les formes rondes des tours étaient abandonnées pour prendre celle d'un pentagone dont l'un des saillants est dirigé vers dehors.
Aux cinq côtés de ce pentagone, on à donné les noms suivants:
Face: pour ceux qui font face à la campagne.
Flanc: pour ceux qui flanquent la courtine en permettant de diriger le tir sur le flanc de l'aissaillant.
Gorge: pour celui qi s'ouvre vers la ville.
Afin de mieux abriter la défense, on imagina de diviser le bastion en deux.
Une partie retirée touchant à la courtine "Flanc retiré" et une partie saillante touchant à la face et servant à couvrir les canons qui flanquent la courtine, "l'Orillon".
Il existe également à Navarrenx des demi-bastions, ouvrage comportant 1 flanc retiré, 1 flanc et une seule face, l'autre face étant formée par la courtine.
L'orillon servait aussi à flanquer une entrée,comme c'est le cas à la porte St Antoine à Nvarrenx où de plus, cet ouvrage porte en encorbellement une magnifique échauguette servant à surveiller les abords.

Toutes ces modifications ont étémises au point afin d'éliminer les angles morts existants dans les ouvrages carrés.
En ce qui concerne la place fortifiée de Navarrenx, chaque bastion (partie avancée de l'ouvrage) correspond à un changement de direction des murs et, afin d'être plus efficace, le centre de ces bastions est établi en avant de l'angle des murs qu'il doit défendre.
I/ L'attaque (Poliocétique).
Lorsqu'une armée assiège un place, elle effectue tout d'abord l'encerclement, si possible complet en réalisant une ligne de circonvallation tranchées avec palissades.
Puis cette armée lance l'assaut utilisant pou celà diverses méthodes en rapport avec les lieux.
- Par échelades lorsqu'il n'y a pas de fossé ou aprés l'avoir comblé.
- En faisant un brêche à l'aide d'engins, le plus souvent près d'une porte afin de favoriser rapidement le passage d'importantes masses d'hommes.
- En pratiquant une mine qui détruit la base d'une courtine. C'est d'ailleurs, lorsque la nature du sol le permet, le moyen le plus efficace pour démolir une enceinte.
Les assiegeants poussent des galeries souterraines jusque sous les fondations du rempart. Ils étayent les galeries avec des rondins qu'ils brûlent lorsqu'ils se retirent et la muraille n'étant plus soutenue, s'effondre.
Pour mener à bien ces méthodes, deux moyens différents étaient mis en oeuvre:
- Tout d'abord des moyens mécaniques constitués par tout un arsenal d'outils appropriés aux diverses possibilités d'assaut, matériel amené ou construit sur place ce qui laisse supposer un service d'intendance et des ingénieurs militaires.
- Mais aussi des moyens psychologiques lesquels emportaient la décision finale plus sûrement que les moyens mécaniques.
- Par trahison: on achetait les complicités dans la place et on se faisait ouvrir les portes, ce qui d'ailleurs a bien failli se produire au siège de Navarrenx.
- Par blocus: parfois, devant une place imprenable, il ne restait comme seule ressource que le blocus d'où l'importance d'un ravitaillement très complet avant le siège.
2/ La défense.
Pendant un siege, l'action défensive se manifestait de diverses façons, répondant point par point aux moyens de l'attaquant.
Contre les échelades on opposait la hauteur des courtines et les fossés, on jetait sur l'assaillant divers objets et on s'éfforçait de détruire ou incendier les échelles. Lors du siège de navarrenx, femmes, enfants et vieillards, étaient utilisés à la défense des murs.
Contre les engins on ripostait avec des engins similaires placés soit à même le sol, soit sur les terrasses des bastions et des courtines.
Contre les mines, on établissait des contremines afin de s'emparer de la galerie adverse et en chasser les mineurs.
A Navarrenx, un bastion a pris le nom de ce genre d'ouvrage. En effet, le bastion des contremines possède un galerie faisant communiquer entre elles deux casemates fortifiées.
Contre une brêche, on élevait en hâte un mur ou une palissade en demi-cercle à l'arrière de l'endroit détruit.
Mais la meilleure défense ne s'improvisait pas, elle reposait sur l'excellence des dispositifs de fortification.
Les assiégés doivent assurer une défense en profondeur, d'abord empêcher l'assaillant de s'approcher des murs, puis les défendre. Les ouvrages à fortification doivent donc être établis selon des règles concernant leur profil et leur tracé.
C'est ainsi que la première enceinte doit être commandée par la Place, et pour cela se trouve plus basse qu'elle, permettant un tir superposé et simultané. De plus, cette différence de niveau permet de tirer de la Place en direction de l'ouvrage, dans le cas où ce dernier serait pris par l'assaillant...C'est le cas de la demi-lune de Navarrenx, laquelle fut construite trés certainement vers 1620.
Comme déjà mentionné plus haut, le premier souci des assiégés est de tenir l'attaquant à l'écart des murs de la Place, et selon le site, une ou plusieurs lignes de d'obstacles pouvaient être mises en oeuvre.
C'est pourquoi, outre la demi-lune, nous trouvons à Navarrenx, tout autour de la fortification des mottes artificielles (les glacis), des fossés et des obstacles naturels tels que les pentes abruptes du Gave d'Oloron et du Larroder.
Quelques précisions:
La construction de la place
de Navarrenx
Au mois de mars 1538, les Etats de Béarn réunis à Pau
allouèrent une somme de 10.000 écus pour financer les travaux de construction.
Sur un rapport militaire daté du 3 février 1858 on trouve trace d'un total de 29.000 écus octroyés par les états de Béarn, soit l'équivalent de3,5 Millions d'euros actuels.
(En date de 1543, 200 hommes sont employés pendant 3 mois)
En ce qui concerne Fabricio Siciliano, sa présence en Béarn entre 1544 et 1545 est attestée par des actes notariés. En réalité, il semble qu’il ne séjourna qu’épisodiquement dans la Principauté, et la réalisation fût confiée à un entrepreneur maçon de Bayonne, François Girard. Installé à demeure avec ses chaufourniers, celui-ci eut soin de spécifier que ceux-ci auraient à « chauffer jour et nuit » Les fours à chaux sont destinés à réaliser le liant joignant les pierres.
Le 29 avril 1546, la place reçoit son premier gouverneur militaire: Tristan de Monein, lequel promit de “ bien et fidèlement garder la ville, place et forteresse de Navarrenx, nouvellement bâtie ” Elle était apparemment en mesure de remplir son office, les 850 toises de murailles s’étaient élevés jusqu’au cordon en moins de 9 ans.
Le 20 juillet 1549, un nouveau gouverneur, Bernard d’Abère, engagea le maître maçon Arnaud de Mirassor et le chargea d’édifier un parapet de sept pieds et demi “de espessor (2m30). Ces dimensions étant celles de la construction actuelle, il avait fallu moins de douze ans à Henri II d’Albret pour ériger sa forteresse.
L’enceinte a environ 200 toises (soit 390 mètres) dans sa plus grande longueur sur 130 (253 m) de largeur et environ 850 toises (1657 m) de périmètre et est essentiellement constituée de blocs taillés de grès jaunâtre du Paléocène
Les remparts sont constitués par de la terre comprise entre deux murs de pierres, la terre ayant été damée par couches alternées avec des fascines. Ils ont 10 mètres de hauteur, une base très large et un sommet tronqué soutenant le chemin de ronde protégé par un parapet d’environ 2,33 m d’épaisseur.
La face externe du mur d’escarpe se termine par une moulure semi-circulaire appelée “cordon” et destinée à rendre plus difficile l’escalade (y compris celle des rats qui devaient pulluler dans les fossés de l’époque) , la désertion, et assure enfin, en formant une arase horizontale, la cohésion des maçonneries.
Henri IV fit effectuer des réparations à la contre-escarpe, entre 1585 et 1589, en particulier devant la porte Saint-Germain.
Entre 1569 et 1626 se déroula la construction de la demi-lune de Méritein.
En 1718, Pinsun, ingénieur de Louis XV, présenta un plan pour “paver les chemins de ronde, établir six guérites de pierres aux angles des bastions, nettoyer les galeries, refaire la porte Saint-Germain, et surtout construire le bastion de la Castérasse ”. Mais ces travaux ne furent que partiellement exécutés.








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