Henri II d’Albret, Roi de Navarre (1517-1555), beau-frère de François Ier et grand-père d’Henri IV, ayant été dépouillé de la partie espagnole de son royaume par Ferdinand le catholique et soucieux de préserver au moins la partie française et le Béarn voulut y avoir une place forte. Il décida donc de fortifier Navarrenx jusqu’alors bastide de terre et de pieux.
À la première nouvelle des fortifications projetées en Terre béarnaise le parlement de Bordeaux s'émut et adressa à ce sujet au roi de France ses remontrances. Ce dernier déclara qu'il ne trouvait pas l'idée mauvaise et plus encore, il encouragea son beau-frère en lui disant: "Mon frère, entre la France et l'Espagne, vous êtes comme un pou entre deux singes".
Les travaux semblent avoir commencé en 1538, date à laquelle, d’après archives, le Roi de Navarre obtint des états de Béarn la somme de 10.000 écus pour fortifier Navarrenx.
Mais revenons un peu sur Jean d'Albret.
Henri II d’Albret était non seulement Roi de Navarre, mais aussi Souverain de Béarn et, si son titre de Roi ne prêtait aucune contestation, son indépendance quant au Béarn n’était pas admise par le Roi de France qui voulait que ses Vicomtes fussent considérés comme des vassaux de la couronne.
En 1523, il s'allie à François Ier qu'il accompagne à la bataille de Pavie où Charles Quint (petit-fils de Ferdinand le catholique) les vainc.
Fait prisonnier, il s'évade en 1525. Grâce au prestige que lui confère cette évasion, il épouse, en 1527, la sœur de François Ier, Marguerite d'Angoulême (1492-1549), veuve du duc Charles IV d'Alençon et toujours sans descendance.
Il est probable que c’est au cours de cette campagne en Italie, Henri II d'Albret avait pu observer les nouveaux développements de l’architecture militaire.
De cette union sont nés :
- Jeanne de Navarre, reine de Navarre sous le nom de Jeanne III et mère d'Henri IV.
- Jean de Navarre, prince héritier du royaume de Navarre, né à Blois le 15 juillet 1530, mort à Alençon le 25 décembre 1530
Lorsque Jeanne d'Albret fût en âge nuptial, le Roi de France voulut la marier à un jeune prince, le Duc de Clèves. De son côté, le Roi de Navarre, en vue de récupérer de façon pacifique la partie espagnole de son royaume, songeait marier sa fille à l'Infant Don Philippe, fils du Roi d'Espagne, et des négociations clandestines eurent lieu en 1537 et se poursuivirent durant plusieurs années avec l'aide d'un habile espion nommé Juan d'Escurra.
En cette ocasion, ce dernier vint à Navarrenx où les travaux étaient commencés, il put donc à loisir examiner la forme de ces bastions dont il devait 20 ans plus tard dresser un plan en faveur de l'Espagne.
Ces clandestines négociations parvinrent à Paris et la colère du Roi de France fût grande. Aussi, Henri II d'Albret, dut-il s'empresser de tout désavouer et pour mieux se disculper aux yeux de son beau-frère, il accusa Juan d'Escurra de trahison et mit sa tête à prix.
A la mort de François Ier, en 1547, le nouveau Roi Henri II (de France), redoutant comme son père un mariage espagnol pour sa cousine Jeanne d'Albret, se hâta de lui faire épouser un prince de sang assez proche de la couronne, Antoine de Bourbon.
Le mariage
eut lieu le 20 octobre 1548 et c'est donc en vue d'une union plus intime avec
la France que continuèrent les travaux à Navarrenx.
Peu redoutable
pour le Royaume de France, la place pouvait en effet servir de poste avancé
contre l’Espagne et défendre les frontières françaises à moindre frais.
En 1546 la travail avait considérablement avancé et la place voit son premier gouverneur, Tristan de Monein, gentilhomme Béarnais, qui, le 29 avril 1546, prêta au Roi de Navarre son souverain "serment de bien et fidèlement garder la ville de Navarrenx nouvellement fortifiée".
Henri II de
France ayant été tué accidentellement lors d'un tournoi en 1559, le débile
François II son fils ne lui succéda que pour mourir l'année suivante. Il laisse
le trône à son jeune frère Charles IX et le pouvoir à Catherine de Médicis sa
mère.
Sous son règne, le Royaume est déchiré par les guerres de Religion, malgré tous les efforts déployés par sa mère Catherine pour les empêcher. Après plusieurs tentatives de réconciliation, son règne déboucha sur le massacre de la Saint-Barthélemy.
La Reine Jeanne d'Albret avait embrassé avec passion la réforme tandis que son époux, protestant beaucoup moins rigide, finissait par revenir au catholicisme et se faisait tuer au siège de Rouen en 1562.
Jeanne d'Albret conservait alors seule le pouvoir, son fils Henri III (le futur Henri IV) n'étant alors âgé que de 9 ans. Elle lutta farouchement, interdisant le culte catholique en Béarn, chassant les prêtres de Pau et de Lescar ce qui lui valût une sommation de comparaître avant 6 mois devant la cour de Rome. Ce délai passé, elle serait déclarée déchue de tous ses droits sur son royaume, lequel serait échu de droit au premier occupant catholique...Quelle aubaine pour le plus proche et dangereux voisin, le Roi d'Espagne.
Le Roi d'Espagne jugea alors opportun de se renseigner sur les fortifications navarraises, et s'adressa pour cela à l'agent secret Juan Martinez d'Escurra, qui 20 ans plus tôt, les avais vu construire. Ce dernier en dressa donc un plan quelque peu erroné, tout au moins en ce qui concerne les dimensions et les angles.
6 ans plus tard, les bastions si vaillamment construits, devaient enfin faire leurs preuves guerrières, en soutenant un siège de 2 mois et demi. Cela se passait en 1569, et c'est le 24 mai que la forteresse reçut les premiers boulets de l'artillerie ennemie.
Les remparts tinrent bon et au bout de 2 mois et demi l'assaillant dût battre en retraite, il est vrai, aidé en cela par l'approche dangereuse pour eux des troupes de la Reine Jeanne d'Albret commandées par Montgomery, celui-là même qui 10 ans plus tôt avait mortellement blessé à mort le Roi Henri II lors d'un tournoi.
Trois ans après le siège, Jeanne d'Albret laissa la souveraineté du Béarn à son fils, alors âgé de 21 ans, Henri le Béarnais, " lou nousté Henric".
Après diverses circonstances, le Roi de Navarre devint Roi de France et en attendant cet avènement Henri III de Navarre fit de Navarrenx sa place d'armes et son arsenal et fit des réparations à la contrescarpe.
Son accession au trône de France ne troubla pas l'indépendance du Béarn, le nouveau roi instituant seulement un régime d'union personnelle, mais à sa mort, Louis XIII son fils entre à Pau et proclame l'annexion pure et simple du Béarn.
Il visita la Place de Navarrenx le 17 octobre 1620, remplaça le vieux gouverneur protestant J.Bernard de Salles par un jeune gouverneur catholique Bernard de Poyanne. Le 20 octobre 1620, le culte catholique est officiellement rétabli.
Ce dernier prit fort à cœur le commandement d'une place au passé glorieux et le 22 février 1622 il présenta au conseil du Roi, un mémoire exposant que la place manquait de retraite en cas d'alarme.
Malheureusement, contre ses projets d'augmenter les fortifications de la Place il trouva pour le contrer un redoutable adversaire en la personne du gouverneur de Béarn, le Conte de Gramont lequel s'occupait uniquement de fortifier Saint-Jean-Pied-de-Port, bien plus utilement situé pour la défense frontalière.
Dès lors, Navarrenx ne présentait plus qu'un faible intérêt et les et les années qui suivirent n'apportèrent que de faibles modifications.
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